Le blog de la Galerie et des Editions Daniel Maghen

Exposition EWEN -Arinouchkine, dans un cadre de rêve...

Du 8 au 14 décembre 2008, Andreï Arinouchkine sera à l'honneur de "BD à l'Abbaye". Cette manifestation culturelle de rencontres, découvertes et dédicaces autour de la bande dessinée, aura lieu dans la magnifique Abbaye Royale de la Celle sur Belle, dans les Deux Sèvres. Un cadre bucolique plus qu'approprié pour mettre en scène l'univers fantastique et lyrique de l'auteur!

               

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Bons baisers de Russie

Une des questions le plus souvent posées à Andreï ces jours-ci est "quel est l'état de la BD en Russie"?
Andreï s'est dit étonné de découvrir, ici en France, des auteurs russes comme Maslov (aux éditions Denoël Graphique).

"C’est un loisir assez cher pour la Russie. Pour vendre un album à un prix acceptable, chez nous, il faut du papier fragile, d'une qualité infime. En plus, ce n’est pas bien vu, ce n'est pas considéré au même niveau que l'illustration pour enfants. Parfois mes amis restés là-bas me demandent pourquoi les français achètent autant de BD, et moi je ne sais pas répondre..."
Quels sont tes auteurs préférés?
"J'adore Michel Durand, le dessinateur de Cuervos. Prenez son Cliff Burton: il s'agit d'une BD 100% BD. Une autre dimension, un niveau supérieur. Ce que je veux dire par là est que moi, je suis plus attiré par les images en soi que par la narration BD. Je me considère d’ailleurs plutôt un illustrateur. On me l’a souvent dit, dès la sortie de L'oiseau de feu, dès ma première dédicace à Angoulême. J'assume."
L'autre grande question, face à l'incroyable variété de scènes et d'atmosphères présentes dans Ewen, est: "qu'est-ce qu'Andreï préfère dessiner: les armes, les créatures fantastiques, la nature, les combats?"
La réponse fuse: "les femmes!!!"

L'HOMME QUI MURMURAIT AUX PERSONNAGES

Plus fort que Robert Redford, qui se limitait aux chevaux, plus réceptif que Patricia Arquette dans "Médium", notre Andreï parle aux personnages. Ou, plus précisément, ce sont les personnages qui viennent lui parler.
Vous l'aurez désormais compris en lisant ces pages, Andreï ne fait jamais rien comme tout le monde... figurez-vous son art!
Nous l'avons interrogé sur les sources de son inspiration, et voici sa réponse:
"Pendant plus d'une semaine, après avoir accepté de réaliser un album pour Daniel, j'ai fait un rêve. Un chevalier, un guerrier des steppes, tête baissée vers le sol, apparaissait et me disait "délivre-moi". J'en pouvais plus. J'ai fait 2 croquis, je les ai montrés à Daniel, qui m'a dit qu'il avait peut-être le bon scénariste pour moi. Au début, Tiburce voulait écrire un récit plus historique, mais moi je pensais au rêve et je songeais plutôt à un monde parallèle où le héros tomberait..."
STOP! Pour savoir ce qui se passera dans le tome 2, il faudra attendre ;P

LA TECHNIQUE D'ANDREI

Quand on lit les commentaires de Daniel à propos de la fabuleuse capacité d'Arinouchkine de rendre la neige, on peut se demander s'il ne s'agit pas là d'une formule lyrique trouvée par l'éditeur pour sa communication. On va donc fournir la preuve que Daniel n'est pas seulement un beau parleur, eheh ;P
Pour témoigner du talent d'Andreï, une vidéo a été tournée, le filmant tout au long de la réalisation d'une case très... enneigée. La vidéo sera disponible dans quelques jours sur ce blog.
Dans l'attente, nous avons obtenu d'Andreï quelques uns de ses "secrets de fabrication".


Il utilise des aquarelles américaines Dr Ph. Martin's: les couleurs ne se mélangent pas et ça donne des "effets spéciaux" et quand c'est sec, la couleur ne déteint jamais.
C'est un éditeur américain qui a fait découvrir à Andreï cette marque, lors de leur rencontre en Russie pour un projet BD qui n'a ensuite pas vu le jour. Andreï peut parler pendant une heure à qui veut l'entendre des qualités de ces aquarelles, il en est dingue! :)
D'autres instruments pour lui indispensables sont la gomme, la lame de rasoir et la "dunka". Il utilise les deux premières pour creuser la feuille, à la recherche de petites touches pour rendre la lumière, et la petite "dunka" en peluche pour nettoyer délicatement le papier.
Andreï est un perfectionniste à la limite du maniaque. Il est capable de réaliser jusqu'à 10 pages d'essais pour une seule case... d'où le fait que la naissance d'"Ewen" ait pris 3 ans... :) Le tournage de la vidéo que vous verrez a pris plusieurs heures, puisque l'auteur a effacé, refait, jeté un premier jet (qui nous paraissait très bien, à nous...). Cette recherche est indissociable pour lui de la véritable nature d'un artiste. Il s'en explique ainsi:
"Je ne dessine pas à partir de photos, je n'utilise pas internet... à Minsk, à l'école d'art, je pouvais passer jusqu'à 6 ou 8 heures par jour à peindre inlassablement des natures mortes, on peut dire qu'aujourd'hui j'ai la main. J'ai des images dans ma tête. Elles sont foisonnantes, grandioses, parfaites... très nettes, je sais exactement ce que je veux. Alors je m'efforce de les rendre sur le papier. C'est frustrant, parfois douloureux. Il est très rare que je n'en rende que le 20%, mais il est impossible aussi d'obtenir tout de suite le 100%. Disons une première tentative à 60-70%. Mais ça ne me suffit pas. Alors j'insiste, j'attaque la matière, je viole la feuille... et ça prend du temps!"

Parce que vous le valez bien ;P

Des infos sur notre petit génie biélorusse. Certains d'entre vous sont sûrement en train de se demander comment ont-ils fait pour louper ne serait-ce qu'un seul album de cet auteur, et où Maghen est allé le dénicher... eh bien, voilà les réponses :)

Andreï Arinouchkine est né en 1964 à Iasnïa Poliana. Il a étudié l'art à Minsk, où il a eu une carrière flamboyante d'illustrateur de livres, magazines et publicités. Il est arrivé en France il y a quelques années. Et maintenant, on lui cède le micro:
"En Russie tout se passait bien. C'était encore le temps de la perestroïka, les éditeurs ne posaient pas de problèmes, je bossais beaucoup et je gagnais bien ma vie. Mais, à un moment, j'ai chopé le virus de la BD, et j'ai eu envie d'aller plus loin. Mon épouse ayant étudié le français, je me suis dit que c'était le Pays européen où la langue aurait été une barrière moins dure.
Quant à moi, arrivé ici je savais dire en français juste une phrase: je vais vous montrer mon travail!
Je démarchais sans savoir trop qui viser, les maisons d'éditions chez moi étaient reconnaissables à leurs édifices imposants, ici je ne comprenais pas où les trouver... La toute première fois je me suis trompé et je suis allé voir un éditeur de livres économiques! Ensuite je suis tombé sur Bernard Segalini chez Casterman, et j'ai pu réaliser "L'Oiseau de feux" avec Eric Corbeyran en 1999.
Je voulais gagner quelques sous en vendant mes originaux, l'éditeur m'a donné le numéro de téléphone de 3 galeries... La réaction de Daniel Maghen a été instantanée... il m'a immédiatement acheté des planches et, dès la fin de mon "Hyrknoss" avec Froideval en 2003, il a insisté pour qu'on fasse un bouquin ensemble... et nous voici!"